Mythologie, Jukurrpa

Les origines du monde. Thème central dans la culture aborigène, le Jukurrpa explique la création de la Terre et des êtres vivants par des grands esprits.

Au début des temps, la terre était plate et sans relief. Seulement une immense plaine qui s’étendait sur tout l’horizon, bout du monde pour les Aborigènes. Ils pensaient que s’ils marchaient trop loin dans quelle direction que ce soit, ils seraient en danger de tomber dans un espace infini.

Puis, il y a fort longtemps, lors d’une époque connue sous le nom de Jukurrpa* – époque de la Création – de supers êtres semi-humains, tels que le Rainbow Serpent (Serpent arc-en-ciel, cf. 2 mythes), Namarrgon, le Lightning Man (l’Homme-éclair, il est responsable de tous les orages électriques qui se produisent pendant la saison des pluies – Namarrgon est donc surtout une figure du nord, là où le climat est tropical) et le Wandjina (esprit suprême de la région de Kimberley, nord ouest de l’Australie), ressemblant plus ou moins à des animaux mais se comportant comme des humains, donnèrent à la terre ses caractéristiques. Après avoir sommeillé pendant des lustres, ils commencèrent à errer sans but dans le pays.

Ces êtres mythiques ramassaient leur nourriture, creusaient pour trouver de l’eau, accomplissaient des cérémonies et des rituels, etc. Pendant toute cette période la région resta inchangée.

Puis mystérieusement la période du Jukurrpa se termina et partout où un être mythique avait réalisé quelque chose, un élément naturel – une chaîne de montagnes, une colline isolée, une rivière ou même des arbres – se forma, pour indiquer le-dit endroit.

Ces êtres donnèrent aux Aborigènes leurs codes de conduite, leur morale, leurs traditions, leurs lois, etc. Ces lois restent la base de la plupart des communautés indigènes, encore aujourd’hui. Cérémonies, rituels et représentations visuelles sont des éléments inspirés du Jukurrpa. C’est une force vivante et accessible dans la vie quotidienne.

Les Aborigènes considèrent ces créatures comme leurs ancêtres. Les hommes et les femmes des différents totems (kangourou, émeu, dinde sauvage, lézards et autres) croient être les descendants directs de l’être mythique qui créa la région totémique dans laquelle ils vivent.

Comme chaque Aborigène se réclame d’une descendance directe de l’un ou l’autre de ces êtres mythiques du Jukurrpa, et vit donc dans la région créée par eux, il s’ensuit que chaque homme, femme et enfant est intimement lié par le mythe et les relations tribales avec les rochers, les cours d’eau et tout ce qui touche à sa région tribale. Les réalisations de ses ancêtres sont les siennes et chaque Aborigène en tire une grande fierté.

L’esprit des ancêtres est perçu comme une force éternellement présente, qui insuffle vie et influence le cours des événements naturels. L’énergie spirituelle de chaque ancêtre se trouve à l’endroit du chemin parcouru lors du Jukurrpa. Les lieux où elle se ressent le plus fortement sont là où l’ancêtre a laissé une évidence physique de ses activités, comme un arbre, le lit d’une rivière, une colline ou autre. Ces endroits sont sacrés.

Dans la mythologie aborigène, une relation spirituelle lie les humains, les plantes, les animaux, les astres, et les sites, tous ayant en commun les ancêtres du Jukurrpa eux-mêmes nés de la terre.

Chaque personne est liée spirituellement aux sites sacrés qui marquent la région associée avec ses ancêtres. C’est donc une obligation pour l’individu d’aider à préserver et à s’occuper de ces sites, en accomplissant les rituels nécessaires et en chantant les chants racontant les faits et gestes des ancêtres. En accomplissant cela, l’ordre créé par l’ancêtre est maintenu.

Chaque personne, animal ou plante possède deux âmes, une mortelle et une immortelle. Cette dernière fait partie d’un esprit ancestral particulier et retourne aux endroits sacrés de cet ancêtre après la mort. L’âme mortelle “tombe” tout simplement dans l’oubli.

Certains sites sacrés sont reconnus pour être dangereux et leur entrée en est interdite selon la loi aborigène. Ces restrictions ont souvent des origines pragmatiques. Un des sites d’Australie du nord était censé causer des douleurs dans tout le corps de n’importe quel visiteur. Il s’est avéré que l’endroit avait un taux dangereusement élevé de radiation, provenant d’émanation de radon.

Les Aborigènes croient que détruire ou endommager un site sacré menace non seulement les vivants, mais aussi les esprits de la région. C’est quelque chose de douloureux et de dangereux. Il ne faut pas abîmer le Jukurrpa. Il faut le protéger. Protéger les plantes, les animaux, les hommes. Jukurrpa dit comment protéger la terre. De génération en génération, l’histoire des ancêtres est racontée. Pour ne jamais oublier.

2 MYTHES

Le Rainbow Serpent

L’histoire du Rainbow Serpent (Serpent arc-en-ciel) est un sujet commun de la tradition aborigène à travers toute l’Australie, bien que l’histoire varie selon l’endroit.

A Kakadu (nord de l’Australie), le serpent est une femme, Kuringali. Elle dessina son image sur un rocher lors d’un voyage dans la région d’Ubirr. Ce périple forma un chemin de création reliant les lieux divers qu’elle visita à Arnhem Land. A cet endroit, Kuringali est ressentie comme l’esprit le plus puissant. Bien qu’elle ait passé le plus clair de son temps à paresser dans les billabongs (marais, étang), elle peut s’avérer très dangereuse et destructrice si dérangée, et causer inondations et tremblements de terre. Elle peut même aller jusqu’à manger les gens!

Les Namarkan Sisters

L’histoire des Namarkan Sisters (les soeurs Namarkan) est racontée aux enfants pour les alerter du danger inhérent aux crocodiles.

Un jour, les deux soeurs étaient assises ensemble au bord d’un billabong (marais, étang), lorsque l’une d’elles plongea dans l’eau. Elle se changea en crocodile, nagea vers sa soeur et lui fit une peur bleue. Elle se rechangea en être humain et retourna auprès de sa soeur, qui lui raconta comment elle fut terrorisée par un crocodile. La première soeur trouva cela si excitant, qu’elle recommença encore et encore. Finalement la deuxième réalisa ce qui se passait et se vengea de la même manière. Puis les deux filles se dirent que si elles se changeaient pour de bon en crocodile, elles pourraient effrayer les gens et les manger quand bon leur semblerait. Aujourd’hui les soeurs Namarkan sont présentes dans chaque crocodile. On voit la malice briller dans leurs yeux et chaque animal est doté de leur habileté de chasseur …

*Jukurrpa est traduit en anglais par Dreamtime, époque du Rêve. Je préfère pour ma part ne pas traduire ce mot.